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Arc Raiders : Projet Lemon entrée #1

Premier jour à Speranza

Aujourd’hui, j’ai compris que chez les Raiders, même les murs te jugent.

Lemon debout dans un couloir souterrain crasseux, éclairé par des néons blancs, entouré de casiers cabossés et de graffitis Arc Raiders.
Lemon, tout juste arrivé dans les entrailles du camp d’entraînement de Speranza.

J’écris ça assis sur un matelas trop mince qui sent le vieux linge mouillé. J’ai un crayon à moitié rongé, une lumière au néon qui griche au-dessus de ma tête, pis vingt gars et filles qui ronflent autour de moi comme si on était déjà morts mais qu’on le sait pas encore.

Ils nous ont donné ce carnet-là en arrivant. « Pour prendre des notes », qu’y ont dit. Moi j’me dis que ça va surtout servir à me rappeler à quel point j’étais cave de signer.

Avant le départ

Ce matin, j’étais encore dans mon tunnel. Chez nous.

Ça sentait le café brûlé de la voisine pis la rouille des tuyaux, comme d’habitude. J’ai mis mon vieux manteau, ramassé mon sac, pis j’ai salué mon père en essayant d’avoir l’air plus grand que je suis. Il m’a juste tapé sur l’épaule, pas de gros discours. Il a dit :

« Fais pas le héros, Lemon. Ramène-toi en un morceau, c’est déjà ben en masse. »

J’ai laissé sortir un petit rire sec, pour faire genre je contrôle quelque chose. En dedans, j’avais le ventre tout noué comme si j’avais avalé un câble électrique.

Le couloir jusqu’au Tube était plus plein que d’habitude. Des gens nous regardaient passer, nous autres les bleus, avec cette drôle de face là… un mélange de fierté et de « bon, on vient de perdre un autre voisin ». Y’en a un qui m’a lancé un « bonne chance » un peu trop fort. Ça a résonné sur le béton, comme un écho de mauvaise blague.

On était une quinzaine de recrues. J’connaissais personne pour vrai, juste des faces croisées au marché ou aux cuisines. On marchait tous en ligne un peu croche, sacs sur le dos, comme un troupeau qu’on mène à l’abattoir mais qui essaie de se convaincre que non, non, c’est une visite guidée.

Descente vers Speranza

Le Tube pour Speranza partait d’un quai plus bas que ceux que j’prenais d’habitude. On descendait, encore, encore, comme si on voulait percer le centre de la Terre. Plus on descendait, plus l’air devenait lourd, humide, avec cette odeur de poussière vieille, de métal chauffé pis de sueur séchée.

Dans le wagon, personne parlait vraiment. Juste des petits raclements de gorge, des respirations trop fortes. Une fille aux cheveux noirs tirés serré – j’allais apprendre plus tard que c’était Soupy – tapait du pied sans arrêt, tac-tac-tac, comme si elle voulait arracher le plancher. Un gars plus grand, trapu, que les autres appelaient déjà Nut-God, essayait de faire une blague sur le fait qu’on n’avait pas signé pour le confort, mais sa voix a déraillé à moitié de phrase.

Moi, j’regardais le panneau au-dessus de la porte : « Speranza – Accès Raiders / Personnel autorisé seulement ». Y’avait un vieux sticker défraîchi en dessous avec un genre de slogan : « Monter pour tous les sauver. » Ça m’a frappé comme une mauvaise blague cosmique.

Le Tube a freiné sec. La lumière a clignoté deux fois, puis la porte s’est ouverte sur un corridor encore plus étroit, blindé de caméras pis de capteurs bricolés. Deux gardes armés nous attendaient, casques intégraux, visières teintées. On voyait pas leurs faces, juste nos reflets déformés dedans.

« Bienvenue à Speranza, camp des Raiders. Avancez, un par un. Badge, nom, empreinte. »

Leur voix sortait distordue des haut-parleurs du casque. Ça faisait plus robot qu’humain.

Quand ça a été mon tour, j’ai posé ma main sur le lecteur. L’appareil a chauffé un peu. Un bip vert. « Lemon ». Même pas mon vrai nom. C’est écrit comme ça dans le registre maintenant.

J’ai eu un frisson. Comme s’ils avaient pris tout ce que j’étais avant pis l’avaient flanqué dans les égouts.

La caverne des Raiders

On a continué d’avancer, un coude dans le dos à chaque fois qu’on ralentissait. Le corridor menait à une sorte de sas métallique avec deux grosses portes coulissantes. Au-dessus, un panneau peint à la main : « ENTRAÎNEMENT – QUARTIER RAIDER ». Les lettres dégoulinaient de peinture noire, ça avait l’air de sang trop vieux.

Quand les portes se sont ouvertes, j’ai compris c’qu’ils voulaient dire par « camp ».

C’était pas juste une salle. C’était une caverne entière, creusée dans la roche, tellement haute que les néons avaient l’air de petites étoiles sales suspendues dans un faux ciel. Partout, des structures métalliques soudées à la va-vite, des passerelles, des filets, des cibles, des blocs de béton, des poutres. Des Raiders en armure composite couraient, tiraient, grimpaient, se gueulaient après. Ça sentait l’huile, la poudre, la transpiration rance.

Pis le bruit. Seigneur. Le bruit.

Des coups de feu étouffés qui claquent contre les panneaux d’entraînement. Des bottes qui frappent le métal. Des sifflets. Des ordres braillés d’un peu partout. Une alarme courte, comme un test. Le bourdonnement constant des ventilateurs dans le plafond, qui mélange tout ça en un seul gros vacarme qui te rentre dans la poitrine.

On s’est arrêtés là, en haut de quelques marches, comme des touristes perdus au milieu d’un chantier de guerre. J’ai senti mon cœur se mettre à taper plus vite. Pas à cause de l’effort. À cause de l’idée que, dans pas long, ça, ça allait être ma « job ».

Un type nous attendait au bas des marches, mais j’ai fait semblant de pas le regarder trop longtemps. Juste assez pour voir la jambe mécanique, les plaques de métal mal alignées, pis la démarche un peu cassée. Il parlait avec un autre officier, cigarette au bec, comme si tout ça, le vacarme, les tirs, les recrues, c’était juste la météo.

« Celui-là, c’est pas un gars qu’on veut décevoir », que je me suis dit. J’avais raison. Mais ça, je vais l’écrire dans une autre entrée.


Les dortoirs

Un sergent quelconque nous a alignés au bord du terrain, comme des plots orange dans un gym.

« Regarde bien, Lemon, c’est ici que tu vas te faire dévisser ou te refaire. Peut-être les deux. »

J’ai essayé de tout imprimer dans ma tête. Les graffitis sur les murs : des noms barrés, d’autres entourés, des dessins de drones avec des croix rouges dessus. Les slogans : « On monte, on revient, ou on reste là-haut. » « Pas de héros, juste des survivants. » Le sol usé à certains endroits où les bottes ont dû frapper des milliers de fois.

À droite, j’ai remarqué une porte plus discrète, avec un symbole de croix rouge qui avait perdu la moitié de sa peinture. L’infirmerie. Même de loin, j’avais l’impression d’entendre le son des instruments qu’on range, du métal contre le métal. Ça m’a donné froid dans le dos.

On nous a ensuite poussés vers les dortoirs. Des rangées de lits superposés, collés serrés, casiers cabossés, odeur de linge humide pis de déodorant cheap. On nous a balancé :

« Choisissez un lit, rangez vos shit, soyez prêts pour le premier briefing dans une heure. Ceux qui sont en retard, j’vous garantis que vous allez le regretter. »

J’ai pris un lit du milieu, pas trop près de la porte, pas trop au fond. Pas envie d’être le premier ni le dernier dans quoi que ce soit. Nut-God s’est installé en haut de moi, les ressorts ont couiné comme si le lit se plaignait déjà. La fille aux cheveux noirs – Soupy – a choisi le coin près de la fenêtre grillagée qui donnait sur la salle principale. Elle a tourné sa chaise vers la vitre comme si elle voulait surveiller le champ de bataille à partir de là.

Brunny, je l’ai remarqué parce qu’il a sacré contre son sac qui ne rentrait pas dans le casier. Cheveux longs attachés tout croche, moustache de gars qui veut avoir l’air plus vieux qu’il est. Il a lâché :

« Tabarnak, même les casiers sont plus petits que ma patience. »

J’ai pouffé malgré moi. Il m’a lancé un clin d’œil, genre « on est dans la marde, mais au moins on est deux à le savoir ».

Les noms sur la planche

Pendant qu’on rangeait nos effets, j’ai vu un autre truc qui m’a frappé. Au-dessus de la rangée de lits, y’avait une planche de bois fixée au mur, avec une liste de noms gravés dedans. À côté de certains noms, un petit X. À côté d’autres, rien. À côté de trois, juste une date rajoutée au couteau.

J’ai demandé au gars en face de moi :

« C’est quoi, ça ? »

Il m’a regardé, étonné que je sache pas.

« Les anciens de la cohorte d’avant nous autres. Ceux avec un X sont morts. Ceux avec juste la date… on sait pas trop. Disparu en mission. Pas revenus. Pas retrouvés. Le genre de statistique que le camp aime pas trop commenter. »

Il a refermé son casier.

« Si t’aimes pas le concept, fallait pas signer, mon gars. »

Je me suis rassis sur mon lit. J’ai regardé le mur. J’ai imaginé mon pseudonyme gravé là, un jour, « Lemon », avec un petit X tout sec à côté.

Une partie de moi s’est dit que ça finirait par arriver de toute façon. Une autre a hurlé non, bien fort, juste pour me prouver que j’étais pas encore complètement résigné.

Quand les murs te regardent

C’est là que j’ai eu cette sensation bizarre pour la première fois : comme si le dortoir au complet se refermait doucement sur nous. Les murs, les casiers, même le plafond bas… tout avait un regard. Pas un regard humain. Un regard de système. Comme si Speranza au complet était en train de prendre notre mesure, de décider lesquels allaient casser, lesquels allaient tenir.

Un des néons a grésillé juste au-dessus de moi, puis s’est rallumé avec une lumière encore plus blanche, plus crue.

« Ouais, ouais, j’ai compris. Je suis là. Faites pas de fret. »

Maintenant, il me reste une demi-heure avant le premier briefing. On dit que c’est là qu’on rencontre officiellement le Capitaine Savard, le grand manitou de notre camp. J’ai entendu son nom dans un coin du wagon, tout à l’heure. Les autres l’appelaient « Grit », comme du gravier coincé entre les dents. Ça promet.

Je sais pas encore si je vais rester ici assez longtemps pour que quelqu’un grave « Lemon » sur le panneau de bois, avec un X ou juste une date. Tout ce que je sais, c’est qu’en mettant le pied dans cette caverne-là aujourd’hui, j’ai signé un contrat que personne m’a fait lire.

Chez les Raiders, même les murs te jugent. Pis j’ai l’impression qu’ils m’aiment pas déjà tant que ça.

À toi de jouer

Toi, tu signerais encore pour rester dans ce camp-là après une journée comme ça ?

  • A) Ouais, j’encaisse et je continue.
  • B) Non, je sacre mon camp au plus vite.
  • C) Je fais semblant de collaborer, mais je prépare ma sortie.

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